Section 01 / 05
Une crise structurelle, pas conjoncturelle.
Chiffre clé
Turnover annuel moyen observé sur notre échantillon d'organisations en hôtellerie, restauration et commerce.
Le turnover dans les métiers à faible barrière à l'entrée n'est pas un problème de candidats. C'est un problème de structure. Sur notre échantillon de 23 organisations interviewées en hôtellerie, restauration et commerce, le turnover annuel moyen atteint 57 %, avec un groupe de restauration déclarant jusqu'à 115 % sur une seule année. En hôtellerie-restauration spécifiquement, le taux de rotation est structurellement 2 à 3 fois supérieur à la moyenne nationale.
Ce qui rend la crise particulièrement coûteuse, c'est la concentration des départs dans les premiers mois. Une référence internationale sur les nouvelles recrues estime qu'environ un tiers d'entre elles quittent leur poste dans les 90 premiers jours.
SOURCES : ENTRETIENS TERRAIN, MÉMOIRE DE RECHERCHE HEC PARIS (2026) ; AMOSSÉ, BESSA, DE MOORTEL & HOLMAN (2024) ; JOBVITE (2018)
Au niveau national, 50,1 % des 2,43 millions d'embauches prévues en France en 2025 étaient jugées difficiles à pourvoir par les employeurs, soit plus de 1,2 million de postes en tension.
Source : France Travail (2025), Enquête Besoins en Main-d'Œuvre
Un arrêté ministériel du 21 mai 2025 confirme officiellement ce que les professionnels RH du secteur savent depuis des années : cuisiniers, serveurs, personnels de nettoyage et commis figurent parmi les métiers en tension dans presque toutes les régions françaises. Ces postes représentent environ 336 000 besoins de recrutement annuels, dont environ la moitié restent difficiles à pourvoir malgré des offres actives.
Sources : Ministère du Travail (2025) ; Le Chô Touristique (2025)
Figure 1.1
Turnover annuel par secteur
Moyenne pondérée par secteur · 23 organisations interviewées
Source : entretiens terrain, mémoire de recherche (2026)
Le coût total d'un recrutement raté dans les métiers à faible barrière à l'entrée se décompose en quatre postes : coûts directs, coûts du poste vacant (valeur créée perdue pendant que le poste reste non pourvu), coûts d'inefficacité (productivité réduite pendant la montée en compétences), et coûts cachés (stress managérial, démotivation d'équipe, erreurs, insatisfaction client). Ce modèle de coûts, construit et validé avec cinq organisations de notre échantillon, situe le coût total entre 3 294 € (hypothèses basses) et 7 865 € (hypothèses réalistes) par départ.
Cette estimation est cohérente avec une recherche académique indépendante sur les coûts du turnover dans l'hôtellerie, établissent un coût moyen de 5 864 $ par départ une fois l'ensemble des coûts directs et indirects comptabilisés.
SOURCES : TRACEY & HINKIN (2006) ; ENTRETIENS TERRAIN, MÉMOIRE DE RECHERCHE (2026)
Figure 1.2
Le marché optimisé pour la vitesse
Cycle de recrutement · 6 étapes
Offre ouverte
Publication
Sélection
Entretiens
Embauche
Suivi de rétention
Des outils pour recruter, aucun pour retenir.
Coût total par départ
~6 000 €
Les forces de fond
Trois forces structurelles qui vont aggraver la situation.
Crise démographique
La population en âge de travailler en France devrait diminuer d'environ 1,5 million de personnes d'ici 2050. Moins de nouveaux actifs disponibles signifie mécaniquement moins de candidats pour alimenter des postes déjà peu attractifs, et des travailleurs en poste avec davantage d'alternatives, dans un marché où la main-d'œuvre elle-même devient plus rare. Le même niveau de turnover qu'aujourd'hui deviendra donc de plus en plus coûteux et long à combler.
SOURCES : NATIONS UNIES, PROJECTIONS DÉMOGRAPHIQUES (VIA CENTER FOR GLOBAL DEVELOPMENT, 2021)
Tensions sur les métiers de première ligne
Le désintérêt pour l'hôtellerie-restauration s'aggrave. Les inscriptions dans les formations du secteur déclinent depuis une décennie, et le COVID a accéléré la tendance : les travailleurs expérimentés partis pendant les fermetures de 2020-2021 ne sont, pour la plupart, jamais revenus. Le déficit ne se résorbe pas, il se creuse.
En France, 80 métiers sont classés en tension. Au niveau national, la tension du marché du travail reste 22% supérieure aux niveaux pré-COVID.
SOURCES : PÉGOURDIE (2024) ; AMOSSÉ ET AL. (2024) ; LE CHÔ TOURISTIQUE (2025) ; ARRÊTÉ DU 21 MAI 2025 ; OCDE (2025)
Économie de plateforme
Pour une fraction croissante de la main-d'œuvre, le travail à la mission offre une alternative perçue comme plus flexible. Cette concurrence structurelle rend la rétention encore plus difficile pour les employeurs qui ne proposent pas des conditions suffisamment attractives.
Source : OCDE (2025), OECD Employment Outlook
En conclusion de la section 01
Le problème du turnover dans les métiers de première ligne ne va pas disparaître. Il va s'aggraver. Et les outils dont dispose l'industrie pour y répondre ne sont pas à la hauteur de ce défi.
